Lettre
ouverte à Monsieur Noureddine Yazid Zerhouni,
ministre
d'État et ministre de l'intérieur et des collectivités locales
Monsieur le ministre,
Sous la couverture de la
lutte anti-terroriste, les dirigeants de nos pays du Maghreb ont trouvé une parade que
les extrémistes djihadistes leur ont offerte sur un plateau en or. Nos dirigeants mettent
tout ce qui les dérange et ne va pas dans le sens de leurs discours politiques, de
conception taillée de façon à pérenniser leur maintien au pouvoir, dans ce
panier-dépotoir.
Et nous voilà citoyens dans des pays où toute forme de manifestation est interdite. Les
partis politiques d'opposition, les syndicats libres, les associations
non-gouvernementales de la société civile et les citoyens en général peinent à
s'exprimer. Toute action qui dénonce les abus du pouvoir, ou tout simplement susceptible
du discrèdit, peut être dénaturée, déviée de sa substance, prohibée et classée
comme action faisant partie de la sphère extrémiste.
Nous savons qu'en Algérie, l'opposition ne peut pas, par exemple
dans les rues d'Alger, décider d'une manifestation à caractère politique. Les
syndicats des travailleurs libres ne peuvent mener aucune action revendicative et décider d'une grève
telle que la loi les autorise : les syndicalistes de l'enseignement ont été jetés en
prison pour avoir appelé à un arrêt de travail et défendre leur droit à la dignité.
Des journalistes ont été arrêtés, des citoyens malmenés, des forcés à l'exil des
années 90 ne recoivent pas de réponse du pouvoir à leurs requêtes de réintégrer dans
la dignité leur pays... Bref, tous les droits fondamentaux du citoyen et de la nation,
droits pourtant bien protégés par la constitution, sont bafoués et piétinés par le
pouvoir.
Votre excellence, voilà maintenant une nouvelle sortie qui, encore, sous la couverture de
la lutte anti-terroriste, vous vous attaquez cette fois, aux sites Internet qui ne
"perroquent" pas le discours officiel.
Monsieur le ministre, vous avez lancé : "Que faisons-nous pour combattre ou, à
tout le moins, répondre à la prolifération de sites Internet qui véhiculent une
littérature nocive?". Vous avez évoqué la "cyberpropagande"
et appelé à "concevoir un plan commun de communication pour relever le défi de
cette guerre psychologique, d'une nouvelle dimension".
Iriez-vous de votre clairvoyance, jusqu'à considérer le site qui publie une information
relatant un fait mettant le pouvoir en cause, comme étant de la cyberpropagande et est
par conséquent, l'uvre de cybercriminels?
Le pouvoir détient toute la machinerie lourde pour véhiculer son discours sans
interruption. Les trois chaînes de télévision, les chaînes de la Radio Nationale, des
stations de diffusion qui poussent comme des champignons dans chaque wilaya, toute
l'industrie du journalisme et la majorité des titres. Quel intérêt aurait un site
Internet, à reproduire le même discours et surtout, quelle valeur ajoutée peut-il
mettre à la disposition des internautes et à quelle audience pourrait-il s'attendre du
fait qu'il ne fait pas le poids avec les moyens de l'état et du pouvoir ?
Sur notre site, nous fêtons les événements heureux de la patrie et les exploits de nos
concitoyens. Nous reproduisons les nouvelles qui font avancer notre pays vers une vie
meilleure pour tous et sans distinction. Nous publions des avis qui diffèrent du discours
officiel. Nous reproduisons les informations qui accusent le pouvoir, ses regroupements et
ses réseaux malfaiteurs. Nous donnons la parole aux démunis, aux persécutés et aux
victimes des institutions de l'état. Nous défendons les exclus du système quelle que
soit leur appartenance politico-socio-culturelle et leur région. Nous dénonçons la
corruption, les détournements des deniers publics et nous croyons que les ennemis de
l'Algérie sont les inféodés, ceux qui s'érigent en potentats, ceux qui s'enrichissent
sans produire, ceux qui empêchent le citoyen de jouir de ses droits fondamentaux et
ceux qui croient que l'Algérie leur appartient en exclusivité et ne répondent devant
aucune instance des destructions des personnes et des biens dont ils sont responsables.
Ni terroristes, ni extrémistes. Des algériens et de cette nation. Fiers et luttant par
le dialogue pour le triomphe de la dignité de citoyens égaux. Notre action s'inscrit
dans un processus participatif pour un destin meilleur qui nous appartient à tous.
umaghreb.com, le 25/05/2008
aliloul, le responsable de la rédaction
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