Ce n'est pas un dépotoir, ni une brouille pour un brouillon. Vous avez des touches devant vous et vous les preniez pour une plume... Enfin c'est bon pour ceux qui veulent faire un essai et une tribune libre pour les experts en analyses culminantes !
La gendarmerie nationale révèle dans un rapport que 338 Algériens ont tenté de se suicider durant le premier semestre de l’année 2010. Ceci est une information qui dit, autrement, que chaque jour, il y a presque 2 Algériens qui préfèrent se tuer et trouvent, peut-être, que mourir est plus digne que de vivoter dans ce pays encore.
Mais comment puisse-t-on arriver jusque là ?
Les homos sapiens diffèrent des autres primates par l’ « intelligence » dont ils sont exclusivement dotés. Alors, quelle est cette « intelligence » qui peut pousser nos concitoyens au suicide ?
Si nous considérions que « l’intelligence » est l’ensemble des fonctions psychiques et psychophysiologiques concourant à la connaissance, à la compréhension de la nature des choses et de la signification des faits…, soit la faculté de connaître et de comprendre : « l’intelligence » n’est d’autre, alors, que le cheminement conduisant à la raison !
De ce fait, le cheminement conduisant au « suicide » est une « non intelligence » puisqu’il ne conduit nulle part. C’est une rupture avec la raison même et une façon d’en finir avec ce cycle de la vie qui consiste à « connaître et de comprendre » interminablement, et ce, tant que la personne respire. Le « suicide » peut être considéré comme étant l’antithétique de la raison. Une absence totale d’arguments ou de pondérations donnant un sens ou une valeur à la vie. C’est une crise qui ne laisse de choix à la personne atteinte que son auto élimination et sa disparition physique. Le stade final.
Ceci peut être le fait de maladies du comportement ou de dispositions héréditaires.
Cependant, passer, par exemple, d’une dizaine de suicides par an dans les années 70 du siècle dernier, à 338 en un semestre en 2010, ceci pourrait être l’effet de graves états d'accablement, d’afflictions profondes ou d’excès de difficultés et de souffrances extrêmes. Avec ce nombre, nous sommes même tentés de considérer que le « suicide » en Algérie est devenu une forme d’expression ou une « mode » de société.
Parmi les fondements conscients ou inconscients conduisant au suicide, nous pouvons citer pêle-mêle : l’oppression, le joug, l’injustice, l’asphyxie, la violence, le dégoût, la tristesse, l’amertume, le chagrin, la désespérance, l’ennui, l’abattement, la déception, la répugnance, la répulsion, l’écoeurement, le déboire, l’éloignement, la lassitude, l’horreur, la haine, le désenchantement, la nausée, la mélancolie, l’humiliation, le désespoir, le désabusement, le déplaisir, l’aversion, l’antipathie, la satiété, le ressentiment, la mortification, la honte, l’exécration, le dépit, le spleen, la phobie, le mépris, l’indigestion, l’inappétence, le haut-le-coeur, la démoralisation, le blasement, l’allergie, l’affadissement… Et la liste est longue.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, comme le suicide lui-même, cette liste ne représente pas des causes, mais des effets. Aucun de ces fondements n’est implicitement recherché par la personne. Celle-ci, elle y est conduite ou elle y déchût par inadvertance.
Par contre, « aller au suicide » est une décision. Nous avons dit plus haut qu’il s’agit d’un cheminement. La personne s’abandonne dans un « vide » caractérisé par l’absence de réactions et se renferme dans les refus jusqu’à se refuser la vie. L'aphonie représente le refus de parler, le refus d'autrui, l’arrachement progressif et transitif à la nature… Puis vient le stade de l’arrachement à l'avenir et à l’existence. L'anorexie s’installe alors avec le refus de vivre. Ces « phénomènes intérieurs » se généralisent alors, se consomment et deviennent situation de fait. Le suicide se dessine ainsi comme unique issu.
Est-ce que la personne qui se suicide est responsable de son acte ?
La réponse est sans équivoque : se donner la mort est de la responsabilité seule de la personne qui décide d’en finir ainsi avec la vie. Même, le suicide est le résultat d’une lâcheté extrême envers sa personne. Il est dû à l’abdication devant l'effort, au manque de bravoure, de courage, de moral, de dignité et de loyauté envers son être. C’est une ignominie de bassesse inégalée que de répondre aux difficultés de la vie par la démission, en se donnant la mort.
Le suicide est une abjection mentale qui consiste à s’achever par la trahison de soi-même. Le suicidé est en même temps "criminel" pour attentat contre sa (une) personne et "victime" de son propre acte. Dans toutes les cultures du monde, le suicide n’est pas admis. Les religions monothéistes le considèrent comme étant un acte résultant d'un processus où la foi est éclipsée. En Islam, il est considéré comme « Koufr » (apostasie) et les rites du mort ne lui sont pas dispensés : ni célébrations funéraires, ni prières, ni enterrement digne. Bref, le musulman ne se suicide pas.
Il est très simple si chacun de nous répondait à la difficulté, quelle qu’elle soit, en allant se suicider ! Où irait dans ce cas l’humanité ? Il est à douter même que quelques personnes puissent s’en échapper !
L’homme est une créature qui a pour mission sur terre, entre autres, de lutter. La lutte est de ce fait, l’expression humaine qui permet à chacun de nous à se maintenir en vie, et ce, dès la naissance. Dès sa sortie de ventre de sa mère, le bébé commence par « crier » pour annoncer sa venue. Le cri du nouveau né est surtout une manifestation d’une personne qui a pour objectif de rompre l’échelle des priorités jusqu’alors établies pour lui permettre de se positionner. Même, par son cri, le nouveau né se place en haut de cette échelle et vole la vedette à tous. Tout est mobilisé à son intention et rien ne compte dans l’entourage au-delà de sa personne.
Le cri. Voilà la réponse pour s’imposer et parer aux tentations du suicide. Tout au long de sa vie, l’homme manifeste sa présence. Pour répondre à la liste attribuée aux fondements du suicide, ci haut, il s’appuie sur une autre liste : celle-ci énumère les fondements de la vie.
Et la vie n’est d’autre qu’un espace de lutte. Remarquons alors que « lutte » a pour synonyme « rahba », terme bien existant dans le lexique français et est d’étymologie arabe. Cependant, « rahba » interpelle le suicidaire sur la négation sans valeur de son acte. Si « lutte » voulait dire sommairement « combat », « rahba » désigne, en un seul mot, « le champs d’honneur ». Issu de la racine « Rahaba » qui a pour explication « accueillir », ce verbe donne aussi « marhaba » qui veut dire « bienvenue ».
Ceci pour dire tout simplement, que l’homme ne vient pas au monde pour se suicider mais pour vivre et livrer combat. Plus encore, livrer combat et accepter la lutte avec plaisir !
La vie est alors à braver par l’homme. C’est une succession d’acharnement, d’affrontement, d’agitation, d’antagonisme, d’attaque, de collision, de compétition, de concurrence, de conflit, de confrontation, de contestation, de débat, de défense, de dispute, d’effort, d’émulation, de heurt, d’hostilités, d’offensive, d’opposition, de querelle, de résistance, de révolte, de rivalité, de rixe, de soulèvement, de bagarre, de compétitivité...
Mais aussi un espace d’accord, d’accommodement, de compromis, d’ajustement, d’harmonie, d’arrangement, d’entente, de transaction, de réconciliation, de paix, d’arbitrage, de pacification, de médiation, de concorde, de composition, d’agrément, de rapprochement, d'amour et d’amitié.
Et jamais une réaction à l'autruche : choisir la fuite en avant et attenter à sa vie par le suicide.
Enfin, nous déplorons le manque de lucidité et de discernement dans les statistiques livrées par les officiels en Algérie. Le rapport de la gendarmerie ne dit pas à quelles classes sociales et professionnelles appartiennent ces 338 citoyens poussés au suicide !
Des suicidés en Algérie !? Est-ce le fait de la satiété de la classe dominante, rassasiée jusqu'au dégoût et qui ne trouve pas mieux que de se suicider ; où est-ce une réponse des exclus de la société préférant se suicider plutôt que d’attendre la mortification, comme porter une ceinture pour s’exploser en public ou se jeter en méditerranée sur une bouée pour rejoindre l’autre rive ? Par le suicide, l’Algérien vient-il à bout de ses efforts à se maintenir « citoyen digne » dans une société sans justice, avec des disparités béantes et point d’équité dans la citoyenneté ?
Commentaire Posté par : benido ( Contacter ) - 30/07/2010
Bonjour aliloul, Bon retour.
En lisant attentivement ton article, je trouve aussi qu'il est temps de sonner l'alarme pour prévenir contre le "suicide" qui s'installe chez la jeunesse algérienne en signe de réponse à la mal-vie et l'absence de débouchés. Merci pour ce texte bien fait. La conclusion me rappelle cette histoire de deux personnes qui se plaignent du mal de ventre, l'une parcequ'elle a trop mangé et l'autre qui n'a rien trouvé à manger.
Réponse Postée par : l\'algerienne ( Contacter ) - 08/08/2010
c'est trop facile de juger, choisir la mort est un acte definitif c'est le dernier souhait d'un personne qui se trouve dans une souffrance absolue, dans une douleur psychique qui ne peut trouver son issue que dans un acte sans retour. De quel droit et qui nous sommes pour aller encore trouver à redire sur une decision aussi grave.Nous sommes que de pauvres immortels et nous avons tendance trop souvent à l'oublier.je suis pour le respect d'autrui mort ou vivant et arretons de melanger politique et souffrance psychique, sachez qu'il y a des milliers d'adolescents qui mettent fin à leur jour en france sans compter les adultes nous pouvons donner des tas de raisons mais personne sur cette terre n'a le droit de parler à la place des morts. tout le monde n'a pas la chance d'avoir des grands parents attentifs, une famille presente.quoi dire de ces petits bouts de choux qui preferent se prendre à l'âge de 10 / 11 ans comme vous voyez il n'est pas si simple que cela il n'est pas ncessaire de donner un sens au non sens.que ceux qui choisissent de partir de cette façon là reposent en paix, et la seule pensée que nous pouvons avoir sur cette terre c'est la souffrance de ceux qu'ils ont laissé un peu de pudeur et de respect comme nous l'indique notre religion bon courage à tous. Supprimer ce message
Réponse Postée par : Benido ( Contacter ) - 09/08/2010
Bonjour l'Algérienne. Je pense que tu as mal appréhendé le sujet. L'auteur du texte a bien écarté dés le début, "les maladies du comportement (psychiatrie) et les dispositions héréditaires". Le texte de aliloul, à mon avis, tente de dissuader les Algériens par tous les moyens, y compris pat l'insulte, pour qu'ils ne pensent même pas au suicide. Et soyons raisonnnables, le suicide est un phénomène lié à la société et la sociabilité dans cette société (famille, travail, richesse, dignité, vie, nation). La qualité d'une société est le résultat du système politique des tenants du pouvoir en place. Sinon, comment expliquiez-vous le revers d'un pays qui ne connaissait presque pas de "suicidés" et qui affiche en 2010, sur juste une période de 6 mois : 338 condidats au suicide ? Supprimer ce message